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Joseph Fraipont


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Gatagara le 27/5/2006




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TEMOIGNAGES DE CEUX QUI L' ONT CONNU

De Cl. SOETENS.

    Fraipont arrive définitivement à Gatagara... Mais il faut entendre aussi ceux que l'on appelle au Rwanda "le menu peuple" : Vox populi, vox Dei... Un jour, un abbé du Collège du Christ-Roi entre dans un magasin à Nyanza. Deux rwandaises discutent entre elles et, pas d'accord, prennent l'abbé comme arbitre. La question, elle n'est pas banale : "Qui, de Nyanza, entrera sûrement au ciel ?" L'abbé, interloqué, répond : "Mais cela, c'est l'affaire du Bon Dieu". Une des femmes intervient : "II y a sûrement quelqu'un qui ira au ciel : c'est le Padri Fraipont". "Pourquoi? Parce qu'il dit bien la messe? Qu'il prêche bien?" "Non, parce que c'est un homme plein de charité : je l'ai vu, moi, prendre sur ses épaules un petit handicapé et l'amener ainsi jusqu'à Gatagara"... De Nyanza à Gatagara, il y a environ 10 km. ... Des musulmans abordent le même abbé à Ruhango, un centre commercial à quelque quinze km de Nyanza. On prend un verre ensemble et soudain cette réflexion sur l'abbé Fraipont : "Celui-là, c'est un vrai prêtre : il se donne aux plus pauvres que lui !" "Dieu est amour" nous dit St Jean. Un confrère, témoin très proche du Padri, a dit un jour : "Joseph n'a été qu'amour souriant, courageux, accueillant le plus démuni". J'étais un handicapé, et vous avez fait de moi, avec d'autres, "un homme, une femme DEBOUT" dit le Seigneur. C'est durant la longue maladie de l'abbé Fraipont que se décida la reprise de Gatagara par les Frères de la Charité de Gand. Ce sont des Frères rwandais de la même Congrégation qui continuent aujourd'hui la grande œuvre commencée il y a trente ans. A la demande du gouvernement rwandais, la dépouille mortelle fut transférée le lendemain à Gatagara. Les funérailles solennelles eurent lieu le 1er juin devant 5.000 personnes, des plus humbles aux autorités, qui représentaient tous ceux qui ont découvert en Joseph Fraipont-Ndagijimana l'exemple vivant de l'amour de Jésus-Christ pour tous. Peu après, les Frères de la charité de Gand acceptaient de prendre la direction du Centre de rééducation de Gatagara. A une réunion du conseil communal de Waremme, fin juin, le bourgmestre Edmond Leburton et un échevin rendirent hommage à un grand Waremmien et la médaille de la ville fut remise à la sœur de l'abbé. Au début de juillet eurent lieu, à Kigali, les festivités du vingtième anniversaire de l'indépendance du Rwanda. A cette occasion, le président de la République accorda des distinctions honorifiques aux pionniers de la Révolution de 1959 et à des personnalités ayant rendu de grands services au pays : à titre posthume, Joseph Ndagijimana fut fait commandeur de l'ordre national de la Révolution. Un nouveau Vincent de Paul ? Un Don Bosco ? Comparaisons de témoins, qui sont complémentaires. Vincent de Paul pour la disponibilité à répondre sans tergiverser et dans la radicalité à l'appel des pauvres, ainsi que le souligne dom Godefroid Dayez, ancien abbé de Maredsous (1903-1988), dont Joseph fut occasionnellement le confesseur et qui dit son agacement devant les enquêtes en vue des procès de canonisation, où on demande : "quelles furent les manifestations de foi, d'espérance, de charité de cet homme-là?". Il répond: "si on demandait ces manifestations chez l'abbé Fraipont, je dirais : sa vie". Jean Bosco, pour la confiance dans la Providence quand les caisses étaient vides et que le chèque inespéré arrivait à point nommé, une fois du Canada, une autre de l'évêque de Liège : l'organisateur du service comptable, Raymond Barette, s'en souvient et ces faits le guérirent de son scepticisme.

On pense aussi à Vincent Lebbe, l'apôtre de la Chine devenu Lei Ming Yuan ("le tonnerre qui chante au loin"). Avec lui, Joseph Ndagijimana partage beaucoup de points communs. D'abord la conviction inébranlable qui les habitait, par la force de l'Esprit plus que par leur volonté propre, quant à l'urgence de la cause à promouvoir et à laquelle ils se donnèrent totalement. Pour l'un et l'autre, "il fallait agir", et tout de suite, en vertu d'une certitude qui les dépassait : le premier, pour que l'Eglise soit vraiment chinoise, le second afin qu'elle soit témoin crédible de l'amour du Père pour les démunis. Le reste est conséquence "logique" de l'amour inconditionnel. Tous deux ont, pour la cause, adopté jusqu'à la nationalité de leur nouvelle patrie. Ils avaient l'un et l'autre la crainte de déranger, tout en demandant irrésistiblement qu'on se mobilise et, plus, qu'on soit de connivence. Tous deux ont toujours été débordés, car ils n'ont jamais voulu - ou pu - limiter leur action à telle réalisation concrète : c'est à une conversion à l'esprit de l'Evangile en profondeur et gagnant de loin en loin qu'ils ont aspiré. Ils ont l'un et l'autre éveillé des vocations, sur place et ailleurs. Il ne se sont pas toujours sentis compris par l'Eglise hiérarchique. Les comités d'aide ont suivi, à en perdre haleine. Gatagara a été baptisée la "Colline de l'espoir", car le fondateur lui assigna comme maître-mot celui de l'abbé Pierre, duquel il se sentait proche: "Servir en premier le plus souffrant". Des centaines de jeunes handicapés ont été remis debout, mais aussi éveillés à leur dignité d'hommes et de femmes. "Sa bonté était connue au loin, on en profitait et même on en abusait, ce qui était inévitable", remarque le docteur Similon. "Il n'était que charité", affirme l'ancien prieur de Gihindamuyaga, Daniel Misonne, qui cite à propos le passage de l'Ecriture : "La charité du Christ nous presse". Joseph avait fait du chapitre 25 de l'évangile de Matthieu son texte de prédilection : nous serons reconnus par Dieu pour avoir reconnu Jésus dans les démunis. Sa délicatesse à l'égard de tous s'exprima jusqu'à la fin : ceux qui lui rendirent visite à la clinique savent qu'il s'informait tout d'abord sur leur vie et sur celle des leurs. L'espoir rend la joie. Mais il faut des êtres de chair pour incarner l'un et l'autre. "On aurait dit qu'il était né pour sourire", relève l'abbé Massion. Le sourire est sans doute la marque d'authenticité de sa charité. N'est-ce pas ce sourire qui a tout permis ? S'il ne faut garder qu'une image de lui, je crois que cela doit être celle-là .


Cl. SOETENS.


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